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Témoignages : de la prison à la réinsertion

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 Ma descente aux enfers

Apres la mort de mon père, à 16 ans, mon comportement devenait proche d’un comportement suicidaire. De plus, le docteur de famille, le soir de la mort de mon paternel, m’avait drogué, je dis bien drogué, pour que je me calme, pour que je ne vois pas le corps de mon père. Ce fut le début de ma descente aux enfers.

C’était le 1er aout 1983, j’avais 16 ans, ma fin de l’adolescence. Tout a disparu ce soir-là : les boites de nuits avec des bagarres à toutes les sorties, avant le coup d’arrêt.

Un jour où nous préparions pour la soirée, avec des tournées de pastis, d’HK, de pétards… dans la voiture, un copain avait de la Coke, je n’en avais jamais vu. Evidemment j’ai mis le nez dedans. Non seulement mon nez s’est mis dedans mais tout mon corps a aimé cet effet. Un surhomme, je me sentais ! Mais ce fut le début, je suis tombé accro aux drogues petit à petit.

Je vivais avec ma famille, mes 2 frères, ma mère. Nous étions des notables du village. Nous vivions avec les salaires de chacun des frères, ainsi qu’un petit héritage. J’avais un boulot, j’ai passé le permis, avec la voiture, ma liberté commençait. Babette, ma copine depuis mes 15 ans ne s’aperçu de rien, ni ma mère, ni mes frères.

J’avais 19 ans, je sortais avec les copains, pas pour un apéro, pour taper de l’héro !! Surprise ! Je ne connaissais pas ! J’ai snifé de l’héroïne végétale blanche, une tuerie ! Ma tête gonflait dans tous les sens ! Mon ouïe était décuplée, comme ma force, j’avais perdu le sens de la réalité. Une grande plongée dans l’enfer !

L’enfer ? C’est le manque ! Terrible, qui arrive quand on ne s’y attend pas. C’est facile de continuer ! Pendant 9 mois j’y ai touché tous les jours. Je travaillais comme sérigraphe. Pendant un arrêt de travail, les gendarmes ont débarqués à la maison familiale et m’ont embarqué pour motif de trafic de drogues. Heureusement pour moi, j’avais arrêté. J’ai quand même été emprisonné ; aucune preuves ; non-lieu pour les 90 personnes impliquées. Je suis donc sortie de la prison de St Roch à Toulon. Et de 1988 à 2000 aucun soucis de prison. Inséré dans la société, avec de l’acharnement pour travailler et élever mon fils, né en 1990.

En 1994, gros choc. Rupture avec la mère de mon fils, difficile pour moi de m’étendre sur cette période de ma vie. Encore la prison que je retrouve sur mon chemin. C’était en 2000 pour des cambriolages. Blessé lors de l’arrestation, difficile d’arriver aux Baumettes, j’avais des béquilles, des broches au pied, toujours à regarder où on se trouve, comment ça fonctionne, on vous fait attendre dans une pièce où les chiens ne se sentiraient pas bien. Les premiers surveillants, vous glacent le sang, on se sent nu et ça arrive vite : A Poil !!!

Quelle humiliation on vous fait subir ! Soi-disant aujourd’hui c’est interdit, mais j’ai vu que toujours de nos jours, on vous humilie au maximum. Des larmes de colère m’altèrent ! Le sentiment d’être seul, vraiment seul. La solitude, la déception, les remords vous envahissent. Mais qu’est-ce-que je fous là ?! Ce n’est pas possible, donc on débranche le mode gentil de la tête et on écoute, oui, en prison on écoute !

Les clefs des surveillant, l’arrivé d’un nouveau, et d’autres là pour gueuler, ça gueule par la fenêtre, le jour comme la nuit. Ensuite, c’est le passage au vestiaire, on dépose et récupère nos affaires, pour les arrivants, un peu pareil partout dans les autres prisons. « La prison ne doit pas nous bouffer !! » répétait DD lors des promenades. La prison te prend tellement d’énergie à sortir de ta cellule alors certains jours tu voudrais y rester enfermé. C’est peut-être pas facile à gérer, mais les horaires sont importantes !

Les Baumettes : Sur le plan médical, j’avais la chance d’être vivant, car j’aurais pu me casser le crane ! On m’avait affecté au bâtiment près de l’infirmerie. Juste 3 étages à descendre et monter. Un jour ils ont fait fort, convoqué à 9h pour un contrôle et un pansement. Je m’y suis rendu, à l’heure. Quand on est malade, on vous appelle les patients. Je comprends mieux à présent ! Qu’est-ce qu’il faut avoir comme patience !

A 11h30 fin de consultation, je suis renvoyé à ma cellule, re-convoqué à 14h, jusqu'à 17h. Finalement je n’ai pas vu le médecin ! Une galère ! Je prenais des calmants qui me faisaient oublier la douleur. C’est ce médicament auquel je suis à nouveau devenu accro. « Médicament » je le répète car c’est une sorte de camisole chimique, pour calmer les gens, les rendre abruti. Souvent il y a le trafic de ces médocs, c’est un sport national en prison. Un jour, le docteur m’annonce une amputation du pied.

Apres m’être adjoint les services d’un avocat pour négocier une sortie de prison en conditionnelle médicale, je suis libéré en 2003, la naissance de ma fille. Le plus beau jour de ma vie, je me rappelle de tout ! J’avais un T2 avec sa mère. En 2004, mon côté noir est réapparu. BADABOUM, retour par la case prison.

La Farlède, tout neuf ! C’est impressionnant ! Vous entrez dans un hall en pierre avec un plafond très haut. Froide cette prison, vous me direz c’est fait pour. Je me rappelle ce sentiment, comme un poids sur les épaules, un poids lourd qui vous écrase en vous humiliant. Déjà les surveillants, sont les maîtres des lieux.

En 2008, je suis en liberté, fin de peine en fin de l’année, 3 jours après je suis réincarcéré pour  « vol avec violence » pour un véhicule. Le pire c’est que je me suis mis à taper sur tout le monde. Vous me lisez encore ? C’est bien, j’espère que vous ne vous perdez pas, mais continuez à me lire, c’est intéressant.

Je suis retombé en 2012, la Farlède, Salon de Provence, où j’ai fait 4 ans dans ce Centre de Détention. Beaucoup de violence, des coups de lame à la gorge, pas comme les coups de pointes dans le cul ou la cuisse qui sont banals, ça arrive tous les jours. Un regard de travers, bagarre qui se finissent par une pointe dans le gras. Mais le coup porté à la gorge, lui c’est pour tuer.

J’ai assisté à une attaque violente, sur un détenu. Ca va vite ! Je ne connais pas la suite mais la violence est très présente, et ça vous endurci. A la moindre faille dans votre comportement et ils s’engouffrent. « Ils », c’est les jeunes loups qui ne veulent pas prendre autre chose que la place de chef de meute.

J’étais juste un nom, un numéro, un numéro de cellule. On est vite remis à la réalité de la prison. Faire tout pour ne pas rester en cellule. Je sais que pour certain détenu, rester dans sa cellule est plus rassurant. Moi je ne pouvais pas rester dans ma cellule. Le sport, le travail, la promenade, la bibliothèque, l’école et d’autres sont des exutoires pour la conscience. On ne pense plus à notre vie, oui on oublie que l’on est vivant.

Salon-de-Provence, 2012. Libérable le 22 décembre, juste avant Noël. Auparavant, j’ai intégré le travail, du montage de trophées et coupes, payés à la pièce, à ma sortie j’aurais un petit pécule. A ma sortie j’avais donc un pécule, léger, léger. Heureusement, une assistante sociale m’avait aidé pour trouver un logement dans le VAR.

Apres avoir tant souffert, je pensais que plus rien ne pouvait m’arrêter. Je n’ai pas pensé pouvoir me faire de nouveau arrêter. Ça ne m’ai pas passé par la tête. Ma nouvelle affaire n’était pas un coup de tête. Je l’avais prémédité.

Aujourd’hui, je me reconstruis, socialement je me sens intégré, et je me force pour affronter la vie.

Monsieur C.

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    L'Oeuvre des Prisons, fondée en 1686 par la Confrérie des Pénitents Blancs, plus connue sous le vocable de « Notre Dame de Pitié », avait vocation dès l’origine à venir en aide aux prisonniers...En savoir +

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